AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  tumblr  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 (clara) Simplement, rendre la prison visible.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar

MEMBER - join the evolution.
MESSAGES : 970
SUR TH DEPUIS : 29/03/2016
MessageSujet: (clara) Simplement, rendre la prison visible.   Ven 4 Aoû 2017 - 0:21

Simplement, rendre la prison visible.
Marvin & Clara



Mon enthousiasme est sans pareil. Ma motivation l’est davantage encore. Quant à ma joie de vivre, elle s’exprime sur mon visage avec le bonheur qu’on peut lire sur celui d’un gosse venant de découvrir que le père noël n’est rien de plus qu’une énième connerie qu’on a pu lui raconter pour qu’il finisse son bol de soupe. Avachis sur mon fauteuil, je brille par une seule chose : mon inactivité. J’étends des jambes temporairement fonctionnelles, redoutablement amaigries malgré tous mes efforts, je fais tourner entre mes doigts des balles de jonglage, je les troque avec mon opinel pour tailler mon crayon gris, et je griffonne quelques mots dans des mots croisés d’une simplicité désarmante lorsqu’on sait que ça va faire un an que je perfectionne cet art. Un an. Un exploit, au premier regard, que l’on ne m’ait pas encore viré. Un exploit qui s’explique par une seule chose : le fait que mon travail, même si je le fais de mauvaise grâce, en prenant soin d’emmerder consciemment le monde, je le fasse bien. En un temps record, constamment en équilibre sur une ligne rouge démarquant le travail rapidement fait du travail mal fait voire complètement bâclé. Mais je le fais bien. Presque. Je n’y mets juste aucun entrain.

Un an. Déjà un an. Et les cernes qui s’obscurcissent sous mes yeux marquent cet anniversaire avec, elles, un enthousiasme des plus attendrissants. Si elles n’étaient pas dû à des nuits sans sommeil, des cauchemars de plus en plus fréquentes et une paranoïa à son acmé dès que je me retrouve seul avec Helen dans notre maison.

Un an. Les démarches du divorce sont au point mort. J’ai transmis mes gênes de transmutant à mon fils et il n’y a absolument aucune amélioration dans mon état. Un an. Je suis toujours enfermé dans ce fauteuil, les muscles de tout le bas de mon corps ont fondu et je ne suis plus que l’ombre du militaire que j’étais ; un an, des centaines de mots croisés plus tard, des centaines de sudoku, kakuro, mots-mêlés et je n’ai pas progressé d’un pouce. Pire, tout s’est aggravé. Le temps n’a pas suspendu son envol, moi oui. Un an. Déjà. Un an d’ancienneté, joie. Un an et je suis toujours employé à temps partiel, sur demande des médecins et chirurgiens qui me suivent. Un an et on tente encore de me faire aller voir un psy, un an et je m’obstine à encore les envoyer chier alors que même pour moi, ça commence à devenir plus que clair que ça pourrait, éventuellement, me faire du bien. Déjà, ça pourrait peut-être, éventuellement, faire taire mes cauchemars. L’assourdissement de l’explosion de mon hélicoptère. Le souffle qui me projette au sol. La fournaise, les brûlures, les… le crayon se brise sous mon poing crispé, je le balance dans la poubelle dans un mouvement exaspéré. Echec. Une des deux parties rebondit sur le bord, roule jusqu’au couloir et s’immobilise hors de portée de mes doigts. Dommage. J’hésite à me pencher, à aller le chercher avec le bout de mon pied mais des voix se rapprochent, deux silhouettes, c’est plus sage pour moi de rester clouer dans mon fauteuil, mes pieds sagement reposés sur les supports à leur intention. Paraplégique, je le suis aux yeux de tous. Paraplégique à temps partiel, ça n’existe pas. Ca n’a pas le droit d’exister. J’ai un soupir, je croise les bras pour en faire des supports pour ma tête qui s’y échoue. Et ne daigne même pas se relever lorsqu’on m’adresse la parole. Pitié, qu’on me trouve un bureau avec une porte, pour plus tard. « Smedry, comme tu as l’air sacrément occupé, j’imagine que ça va être compliqué pour toi de faire faire le tour du propriétaire à la nouvelle ? » Je lève les yeux au ciel, consens à me redresser, à faire pivoter mon fauteuil. Et à considérer ma collègue, et la nouvelle. Petite carrure, pas très intéressante. Jeune. Vingt, vingt-cinq ans, max. Je fais glisser les dossiers que je devais gérer dans la direction de ma supérieure, comme pour lui faire comprendre que non, ce ne sera pas aujourd’hui qu’elle pourra me faire virer. Je ne suis même plus sûr, à force, qu’elle en ait vraiment envie. Un coup d’œil à ma montre. « J’ai vingt minutes avant la fin de ma journée. On va dire que ça va suffire. » De toute manière, elle ne m’a pas laissé le choix : elle est déjà partie. Et elle m’a laissé la nouvelle. « Marvin Smedry, fonctionnaire. Je ne pourrais pas t’en dire plus, je ne sais toujours pas exactement à quoi je sers. Toi c’est… ? » Je lui tends une main voulue cordiale. Lui faire faire le tour du propriétaire ? Au moins ça va me changer de ma routine, sans que ça ne me demande beaucoup d'effort: finalement, il s'agit Simplement, de rendre la prison visible.

© Grey WIND.

_________________
≈ "Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. [...] Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde" (St Exupéry)

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

MEMBER - join the evolution.
MESSAGES : 389
SUR TH DEPUIS : 22/05/2017
MessageSujet: Re: (clara) Simplement, rendre la prison visible.   Dim 13 Aoû 2017 - 0:07


Simplement, rendre la prison visible.

Clara Saddler & Marvin Smedry

I l fut un temps où Clara avait des projets. Des ambitions personnelles et professionnelles qu’elle était bien déterminée à réaliser. Elle s’était lancée dans des études relativement longues, mais ça ne lui avait jamais fait peur. Et puis ces études étaient devenues plus longues que prévues, perturbées par le bordel monstrueux qu’était sa vie, mais elle avait persisté. Elle serait vétérinaire. Depuis gamine elle le disait, même si comme tout le monde, ses rêves avaient varié à mesure qu’elle grandissait. Finalement, elle y était revenue lorsque la fin du lycée avait approché, lorsqu’elle avait commencé à devoir penser sérieusement à l’avenir, à ce qu’elle voudrait faire de sa vie. Et elle serait venue à bout de ces longues années d’études si seulement toute sa vie n’avait pas volé en éclat.

Aujourd’hui, elle n’était pour ainsi dire plus personne aux yeux de qui que ce soit. Il n’existait nulle part de Clara Saddler âgée de vingt-cinq ans, il n’y avait aucune trace de ses années d’études, des stages effectués, du job d’assistante vétérinaire qu’elle avait tenu durant ses études afin de gagner de l’expérience sur le terrain… Rien. Plus rien. Parce qu’en deux mille seize, Clara Saddler n’était qu’une petite fille d’un an. Jamais dans sa vie Clara n’aurait envisagé de devenir secrétaire. Ce job entrait dans la colonne « ennuyeux à mourir », ces jobs qu’elle avait écarté d’office parce que rester assise derrière un bureau à répondre au téléphone et envoyer des emails toute la journée, très peu pour elle. Cependant, vu les circonstances actuelles, elle ne pouvait se permettre de faire la difficile, peu importe combien l’idée de jouer les secrétaires lui donnait à l’avance l’envie de se fracasser la tête contre les murs. Alors quand Isolde lui avait proposé un poste à la mairie, elle n’avait pas réfléchit bien longtemps avant d’accepter. Il fallait voir le bon côté des choses : au moins, elle pourrait garder un œil sur sa mère et puis, elle aurait accès à un ordinateur, ce qui lui permettrait de fouiner discrètement et, si elle en avait le temps, de créer quelques preuves de son existence parce qu’en l’état, si quiconque venait à la rechercher, il s’apercevrait bien rapidement qu’il n’y avait aucune Claire Sanders portant ses traits dans le monde.

Clara avait pu profiter de quelques jours de tranquillité pour se reposer et ce grâce à Mika, qui avait accepté d’accepter la parfaite inconnue qu’elle était – ou qu’il pensait être, puisqu’il connaissait à présent sa véritable identité – sous son toit à la demande d’Isolde. Si elle avait eu bien du mal à se tenir tranquille, elle avait quand même réussi à rattraper une partie des heures de sommeil qu’elle avait en retard. Ses hématomes s’étaient estompés et sa plaie à la tête en voie de guérison était soigneusement dissimulée sous ses cheveux. Elle avait réussi à se tricoter une tête présentable ce qui, à ses yeux, relevait presque du miracle. En ce regardant une derrière fois dans le vieux miroir de la petite salle de bain, elle avait presque eu l’impression de ressembler à la Clara qu’elle avait été avant tout ça. Presque. Alors elle avait quitté la maison et marché jusqu’à la mairie. Elle avait pris assez d’avance pour ne pas avoir à se presser ce qui, par cette chaleur, était plutôt judicieux et lui évita d’arriver à destination totalement en nage.

La fraîcheur qui régnait à l’intérieur du bâtiment était néanmoins la bienvenue ! Clara lança un regard circulaire au hall d’entrée, rythmé par les allées et venues des employés et des citoyens de Radcliff venus se prendre la tête sur de la paperasse. Finalement, après avoir jeté un coup d’œil à la pendule, elle se dirigea vers l’accueil. Avant de commencer le travail à proprement parler, elle devait normalement visiter les lieux afin de commencer à y prendre ses marques, ce qu’elle expliqua à la réceptionniste. Après avoir pianoter sur un téléphone, elle glissa quelques mots et raccrocha. Quelques instants plus tard, une femme arriva et se présenta avant de lui dire de la suivre, ce que Clara fit sans poser de questions. Elle l’entraîna dans un dédale de couloirs, jusqu’à un bureau occupé par un homme qui ne semblait avoir qu’une hâte : que la fin de sa journée approche. Smedry, comme tu as l’air sacrément occupé, j’imagine que ça va être compliqué pour toi de faire faire le tour du propriétaire à la nouvelle ? lança la femme à l’attention de son collègue qui consenti à se redresser avant de la dévisager. J’ai vingt minutes avant la fin de ma journée. On va dire que ça va suffire, répondit-il après avoir poussé une pile de dossiers vers sa supérieure. La femme qui avait accompagné Clara ne s’attarda pas et avait déjà tourné les talons avant même qu’il n’ait terminé sa phrase. Marvin Smedry, fonctionnaire. Je ne pourrais pas t’en dire plus, je ne sais toujours pas exactement à quoi je sers. Toi c’est… ? lui demanda-t-il, une main tendue. Clara la serra avec autant d’assurance qu’elle pouvait rassembler. Claire Sanders. Secrétaire, apparemment. Même si je ne sais pas encore trop en quoi ça va consister, avoua-t-elle. Elle avait une idée générale et savait qu’elle n’était pas plus bête qu’une autre, elle s’en sortirait. Mais quel était exactement le boulot d’une secrétaire en mairie ça, c’était un mystère. Elle apprendrait. Si elle avait réussi à faire des études de médecine vétérinaire, elle réussirait à apprendre le job de secrétaire.  Une fois qu’elle eut récupéré sa main, elle s’écarta du chemin afin de laisser passer le dénommé Marvin. C’est toi le guide, annonça-t-elle, lui faisant signe de la main de passer devant. C’était plus logique, puisqu’elle n’aurait pas la moindre idée d’où elle irait si elle devait passer devant.  

© POUPI


Spoiler:
 

_________________
Truth hurts but secrets kill
You know that feeling, when you are reading a book, and you know that it is going to be a tragedy; you can feel the cold and darkness coming, see the net drawing tight around the characters who live and breathe on the pages. ©️(she)wolf.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

MEMBER - join the evolution.
MESSAGES : 970
SUR TH DEPUIS : 29/03/2016
MessageSujet: Re: (clara) Simplement, rendre la prison visible.   Ven 25 Aoû 2017 - 9:13

Simplement, rendre la prison visible.
Marvin & Clara



Des projets ? J’en ai eus. Je n’en ai plus. Mes projets, désormais, se résument en bien peu de mots, bien peu d’enthousiasme. Se lever – ahahaha – se laver, se traîner jusqu’à l’hôtel de ville, remplir des papiers ou faire chier de pauvres individus, aller chercher Josh, rentrer et tourner en rond dans ma maison, quand je n’ai pas de rendez-vous à l’hôpital. Puis foudroyer Helen, me coucher seul. Dormir. Et recommencer. Des projets, j’en ai eus. Un certain nombre. Monter en grade, visiter tous les pays du monde, sauver des gens, sauver des vies, exceller dans mon travail, exceller dans le pilotage, apprendre différentes langues… emmener Josh voler en hélicoptère aussi. Mais maintenant, ces projets, je les ai enterrés au fond du jardin avec mes jambes, avec l’instabilité de ma paraplégie, avec la tension entre Helen et moi, avec cette impuissance et cette vulnérabilité qui me caractérisent désormais.

Une part de moi a envie de hurler qu’au final, personne n’a le droit de m’en vouloir. Personne n’a le droit de me reprocher ma mauvaise volonté. Personne n’a le droit de pointer du doigt le contraste entre le militaire irréprochable qui ne reculait devant aucun effort, aucun désagrément, et le fonctionnaire flemmard, exaspérant et presque incompétent qui ne déploie son énergie que pour faire perdre du temps à ceux qui osent venir le déranger. Personne, strictement personne, n’a le droit de m’en vouloir. Depuis mes quinze ans, je mettais tout en œuvre pour atteindre mes objectifs, pour plier le monde devant moi et me tracer une route. Depuis mes quinze ans et tout, absolument tout, a été réduit à néant. En l’espace de quelques heures. Par une injection dans mes veines d’un vaccin définitif aux effets secondaires les plus retors. Parce qu’une mutation est venue déranger le cours de mon existence. La tête posée entre mes bras croisés, je ferme les yeux et envisage de dormir pour achever en beauté cette matinée de travail. Mais non. Même ça m’est refusé : d’un regard, j’en viens à considérer celle qui me dérange et celle à cause de qui je suis dérangé. Vingt minutes, puis-je réaliser l’exploit de faire faire le tour du propriétaire à une nouvelle en ce laps de temps ou vais-je avoir la satisfaction de la planter là, au détour d’un recoin obscur de la salle des archives ? On va voir ça.

Je consens à m’extirper de mon bureau pour lui tendre une main voulue cordiale. Claire Sanders. Secrétaire, apparemment. Même si je ne sais pas encore trop en quoi ça va consister. J’ai un sourire de connivence, je me surprends à avoir un sourire de connivence devant cette ignorance réciproque de ce qui est, et sera, finalement, notre occupation pour toute la journée. Si elle ignore en quoi ça consiste d’être secrétaire à la mairie, alors j’ose croire que ce n’est pas son choix premier. Si elle ignore, mais qu’elle montre une telle assurance, c’est qu’elle a voulu être là. Si elle ignore et qu’elle… C’est toi le guide J’arrête de penser pour soupirer et lever les yeux au ciel. En effet. C’est moi le guide. « Et bien… allons-y Alonzo… » Depuis quelques semaines, je tente de rattraper mon retard dans quelques séries. Quelques mouvements, je nous arrête au milieu du couloir. « Là, c’est un no chieur’s land. Note que ça ne nous épargne pas de rencontrer des cons, comme Michael, là-bas, ou Roberta qui a le QI d’une huître, mais on va dire que c’est l’arrière-boutique, normalement, il n’y a que les employés de la mairie. Mais ce n'est pas ici que tu vas bosser. » Je ne fais aucun effort pour chuchoter, me fends même d’un sourire lorsque les deux que j’ai cité ont regardé dans notre direction en entendant leurs noms. Ils savent très bien ce que je pense d’eux, mais j’espère surtout qu’ils savent que je ne fais que dire l’entière vérité. Plus que ces deux-là, j’estime en avoir rarement vu.

Je m’apprête à repartir, avant de m’arrêter dans mon mouvement pour la regarder droit dans les yeux. « Tiens, avant que j’oublie. T’es plutôt un robot ou un réfugié politique ? Robot, tu es là pour faire ce qu’on te demande et tu as dans ta vie l’ambition d’une moule trop cuite. Réfugié politique, c’est le seul job qu’on a pu te donner et tu vas bientôt dépérir lentement et sûrement devant cette vie aussi épanouissante que… » Je fronce les sourcils devant mes échecs encore marqués en métaphore. Ça n’a jamais été mon fort, ni même mon centre d’intérêt. C’était celui de Luke, l’autre pilote de mon équipe qui en avait fait un art de vie. Qu’aura-t-il dit ? Son fantôme vient me hanter. Sans me parler. « … bref, tu vois l’idée. Ne me réponds pas maintenant, on verra ça à la fin de la visite. Et si jamais t’as des questions, tu peux me les poser. » Après, ce n’est pas certain que j’y réponde, nous verrons bien, je ne promets rien. Mon fauteuil avance pour se diriger vers notre prochain arrêt, le plus logique : le couloir où les chieurs ont le droit d’aller. Si elle est secrétaire, elle n’aura pas à y foutre les pieds – d’ailleurs, si elle est secrétaire, son territoire sera certainement l’étage – mais… on ne m’a pas dit de faire une visite intelligente non plus, et je n’ai pas envie de m’enfermer dans l’ascenseur, merci bien. Avec un peu de chance, les vingt minutes seront écoulées à ce moment-là. Prochain arrêt, donc : l’endroit où des personnes font déjà la queue pour obtenir le résultat de leur dépistage, leur nouvelle carte d’identité. Un terrain miné, où mon fauteuil va rouler sur des orteils, bloquer le passage, faire de l’animation : j’ai déjà hâte.


© Grey WIND.

_________________
≈ "Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. [...] Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde" (St Exupéry)

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

MEMBER - join the evolution.
MESSAGES : 389
SUR TH DEPUIS : 22/05/2017
MessageSujet: Re: (clara) Simplement, rendre la prison visible.   Dim 17 Sep 2017 - 0:31


Simplement, rendre la prison visible.

Clara Saddler & Marvin Smedry

D eux années à tuer avant de pouvoir passer à l’action. Comme le lui avait dit Mikael, pendant ce temps là, elle allait devoir vivre. Travailler, se trouver un logement à elle, s’intégrer à la vie de cette ville jusqu’à ce qu’elle puisse agir et sauver les siens. Vivre une vie normale, même s’il n’y avait plus grand-chose de normal dans son existence depuis longtemps, déjà. Ce job à la mairie, c’était un premier pas vers cette nouvelle vie, certes déconcertante, mais dans laquelle elle se retrouvait coincés sans vraiment l’avoir désiré. Alors non, secrétaire en mairie, ce n’était pas le boulot de ses rêves. Clara, elle aimait bouger, être en extérieur… Rester coincée dans un bureau à gérer de la paperasse et à répondre à des e-mail l’ennuierait certainement au bout de dix minutes, mais c’était un job, et donc un salaire. Un moyen de prendre son indépendance, d’avancer. Vu sa situation, il aurait été déplacé de faire la fine bouche alors qu’elle était arrivée sans rien d’autre que les fringues sur son dos. Elle aurait bien le temps de se trouver un emploi plus à sa convenance une fois correctement installée. Pas que vivre que Mika lui déplaise particulièrement, mais elle ne pouvait décemment pas squatter et profiter de sa générosité indéfiniment. Pour le moment, c’était donnant-donnant. Clara l’aidait à retaper sa maison, et lui lui offrait un toit. Echange de bons procédés. Mais l’un comme l’autre, ils avaient besoin de leur espace, de leur intimité. Alors peu importait si jouer les secrétaires ne l’emballait pas plus que ça. Elle le ferait, du mieux possible. Elle commençait déjà à tourner en rond, alors au-delà de l’aspect financier, il était tout simplement inconcevable qu’elle reste à rien faire.

Pour commencer, elle devait prendre ses marques dans ce bâtiment qu’elle ne connaissait pas, suivre un guide un peu particulier qui semblait bien peu désireux de lui faire faire le tour du propriétaire. S’il appréciait son boulot autant que Clara était emballée à la perspective du sien, elle pouvait parfaitement comprendre. Il n’y avait pas grand-chose de passionnant à brasser du papier toute la journée. Au moins, il avait une manière bien à lui de présenter les choses, ce qui eu le don de tirer un sourire à Clara, lorsqu’il lui fit une description rapide de ce qu’il appelait le [i]no chieur’s land[/color], sans prendre la peine de baisser le ton, pas même lorsqu’il insulta sans la moindre gêne deux de ses collègues de travail. Selon ses dires, elle n’y travaillerait pas si bien que, s’il avait raison, elle n’aurait pas à supporter Mikael – un con – ni Roberta – qui a le quotient intellectuel d’une huître. Clara s’attendait à ce qu’ils repartent pour la suite de la visite, mais Marvin se ravisa et pivota vers elle. Tiens, avant que j’oublie. T’es plutôt un robot ou un réfugié politique ? Robot, tu es là pour faire ce qu’on te demande et tu as dans ta vie l’ambition d’une moule trop cuite. Réfugié politique, c’est le seul job qu’on a pu te donner et tu vas bientôt dépérir lentement et sûrement devant cette vie aussi épanouissante que… bref, tu vois l’idée. Ne me réponds pas maintenant, on verra ça à la fin de la visite. Et si jamais t’as des questions, tu peux me les poser. Clara haussa un sourcil face à cette question, posée de manière plutôt étonnante. Sa réponse, elle l’avait déjà mais apparemment, l’heure n’était pas aux réponses.

De toute façon, Marvin était déjà reparti, l’entraînant dans un couloir plus animé que les bureaux qu’ils venaient de quitter. Je suppose que ce n’est pas non plus là que je vais travailler ? demanda-t-elle, détournant le regard des citoyens de la ville venus déposer divers dossiers, ou récupérer cartes d’identité et autres papiers officiels. Ce qui m’arrangerait, honnêtement. Un bureau avec un ordinateur et surtout, pas des centaines de gens qui défilent toute la journée, ça m’arrangerait franchement. Pas qu’elle ne soit pas sociable, mais devoir gérer les demandes plus ou moins claires de gens qui ne comprenaient qu’à moitié ce qu’elle pouvait leur raconter, très peu pour elle. Certes, elle n’était pas faite pour bosser dans un bureau, mais ce n’était pas non plus un hasard si elle s’était tournée vers le métier de vétérinaire plutôt que celui de médecin. Et puis, moins elle attirerait l’attention, mieux elle se porterait.  

© POUPI

_________________
Truth hurts but secrets kill
You know that feeling, when you are reading a book, and you know that it is going to be a tragedy; you can feel the cold and darkness coming, see the net drawing tight around the characters who live and breathe on the pages. ©️(she)wolf.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: (clara) Simplement, rendre la prison visible.   

Revenir en haut Aller en bas
 

(clara) Simplement, rendre la prison visible.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 

 Sujets similaires

-
» Comment humaniser les premières heures en prison ?
» Histoire de la prison Bonne Nouvelle de Rouen
» Braderie puériculture de Simplement Parents le 6 mars
» Prison de Draguignan : Les personnels retiennent les directeurs
» Deux évadés d’une prison italienne arrêtés au Maroc
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
THE HUNTED :: radcliff, kentucky :: centre-ville :: hôtel de ville-
Sauter vers: